MacroPsychanalyse
L’économie de l’inconscient
Par Viven Levy-Garboua et Gérard Maarek
Edité aux Presses Universitaires de France, Paris, février 2007
Transposer de l’individu aux groupes ou à la société, de manière méthodique et rigoureuse, les concepts de la psychanalyse de Freud, telle est la démarche de cet ouvrage. Dotés d’un appareil psychique, traversés de pulsions de vie ou de mort, soumis aux injonctions de leur inconscient, les groupes peuvent être sujets à des névroses ou des psychoses collectives. Ils connaissent des troubles identitaires. Aussi relèvent-ils, à n’en pas douter, d’une MacroPsychanalyse. Ainsi se trouvent éclairés d’un jour nouveau des problèmes aussi variés que l’évolution de la famille contemporaine, les modes de management de l’entreprise, la crise des banlieues, le débat sur la modernité, la disparition des empires, la question juive ou les fusions d’entreprises.
Résumé
La première partie de l’ouvrage interprète les concepts de la psychanalyse à la lumière des progrès récents des neurosciences. Celles-ci ont bien mesuré, comme Freud l’avait fait avant elles, les limites des capacités cognitives de l’être humain et la complexité de son psychisme. Mais l’homme freudien avait été enrichi d’attributs supplémentaires, l’inconscient et le surmoi. Bien qu’insuffisamment établie, ces hypothèses conservent un fort pouvoir explicatif (chapitres 1 à 3).
La science économique dispose, quant à elle, du modèle très puissant de l’homme rationnel. Elle cherche maintenant, en explorant les nouvelles voies expérimentales de la neuroéconomie, à pallier les craquements de son édifice théorique. Les modèles d’homo economicus apparus depuis peu ont une ressemblance troublante avec celui de l’homme freudien (chapitre 4).
Ainsi se voient superposées trois images de l’être humain : celle donnée par les neurosciences, celle des psychanalystes et celle des économistes. Le passage aux groupes (deuxième partie) est inspiré par les nombreux ouvrages que Freud a consacrés à la psychologie sociale. Nous retenons, comme lui, l’hypothèse que les groupes sont dotés d’un appareil psychique où l’on retrouve l’équivalent du triptyque du moi, du ça et du surmoi, baptisés dans ce livre respectivement le Prince, le Producteur et le Prêtre. Il faut y adjoindre un quatrième personnage fondamental, le Professeur, qui sert d’intermédiaire entre le groupe et le monde extérieur. Cet appareil psychique, à l’instar de celui de l’homme, est parcouru de pulsions. Pulsions de vie et de mort qui s’analysent comme le degré de coopération ou de désordre qui règne ou s’instaure dans le groupe (chapitres 5 et 6).
Cet outillage analytique permet une étude des pathologies. En réaction à un événement traumatique, le surmoi (Prêtre) peut s’opposer aux adaptations nécessaires. Survient alors un déséquilibre des pulsions de vie et de mort qui génère une configuration psychologique qualifiée, selon le cas de figure, de formation primaire névrotique, dépressive ou maniaque. Celle-ci peut ensuite donner lieu à une formation réactionnelle, tendant à contrarier les effets de la première, consistant par exemple dans l’identification des membres du groupe à un meneur (chapitre 7).
Les psychoses collectives traduisent non plus un conflit interne au psychisme, mais un déni du réel et se manifestent de diverses manières, comme la régression maternelle ou la paranoïa collective. Les contributions des post-freudiens, M. Klein, D. Winnicott et quelques autres permettent d’en comprendre la genèse (chapitre 8).
Puis nous empruntons à leur psychologie du soi, plusieurs notions nécessaires à l’étude des troubles de l’identité et de la communication au sein des groupes (chapitre 9).
Dans toutes les situations, l’inconscient du groupe s’exprime à travers, non pas les rêves, mais les croyances, les illusions ou les idées délirantes auxquelles ses membres adhèrent. La dernière partie du livre est consacrée à des « études de cas ».
Les chapitres 10, 11 et 12 examinent deux groupes, briques élémentaires de nos sociétés, la famille et l’entreprise, dans le but de leur appliquer l’appareil conceptuel développé et d’en tester le pouvoir explicatif. On aborde ainsi le sujet de l’avenir de la famille, et des questions d’organisation des entreprises, de modes de management et de fusions d’entreprises. Les chapitres suivants ont trait à des groupes plus vastes et aux contours plus imprécis (peuples, états, empires). Une brève psychanalyse du monde juif est proposée, ainsi qu’une interprétation de l’état de la France et de la crise des banlieues. L’évolution des empires trouve aussi un éclairage nouveau. Le chapitre final soulève la question de la modernité, – Freud disait « civilisation » dans ses derniers écrits –. Le triomphe de la raison, qu’il appelait de ses vœux, paraît bien éloigné.